Papa ? – OS

 

 

Ils s’étaient disputés. Très fort. Cela s’était passé trois jours auparavant, et depuis, Tristan  s’était provisoirement installé chez ses parents. Bien sûr, comme tous les autres couples, ils leur arrivaient de se disputer. Pas très souvent, et des petites disputes sans conséquences. Mais cette fois-ci, Tristan avait préféré quitter l’appartement quelques temps.
 
 
 
Stephen se tortilla sur l’inconfortable siège en plastique et regarda l’horloge. Cela faisait plus de deux heures maintenant qu’il patientait, fébrile et angoissé, et personne n’était encore venu lui donner de nouvelles.
Il repensa à Tristan. Comme il lui manquait ! Mais ils s’aimaient, pour le meilleur comme pour le pire, et ils franchiraient ce nouvel obstacle. Il irait s’excuser, lui demander de le pardonner, il le prendrait dans ses bras, et tout serait vite oublié.
 
Les battements de son cœur s’accélérèrent encore, si c’était possible, lorsqu’une infirmière traversa le couloir en courant, une poche de sang dans chaque main, et entra dans ce bloc qui lui était interdit à lui. Ce n’était pas bon signe. Pas bon du tout. Et où était Thierry ? Cinq mois qu’il était parti, cinq mois qu’il ne donnait plus de nouvelles. Aujourd’hui, son enfant venait au monde, et il n’était pas là, et il s’en moquait.
 
La grossesse avait été difficile. Le départ de Thierry avait fait sombrer Manon, elle refusait de s’alimenter, tombait chaque jour un peu plus dans la dépression, et Stephen le savait, les médecins craignaient que la santé de l’enfant n’en pâtisse.
Thierry ne voulait pas de cet enfant. Choisir. Il avait demandé à sa compagne de choisir. Lui ou l’enfant. L’enfant ou lui. Se débarrasser de ce petit bout de vie à peine conçu pour le garder lui. Manon avait choisi, et Thierry était parti.
 
Cinq mois déjà. Cinq mois que Stephen avait consacré tout son temps à s’occuper de Manon, à la réconforter, à lui prodiguer les meilleurs soins. Parce qu’elle avait fait le meilleur choix, parce qu’elle avait besoin de lui, parce qu’il était impatient qu’on l’appelle « oncle Steph’ ». Et parce que peut-être, il voulait réparer les dégâts causés par son frère.
 
Une partie de lui espérait que Thierry ait changé d’avis. Qu’il débarque en courant dans ce couloir, qu’il rejoigne Manon, qu’il regrette son geste, son départ, tout. Qu’il aime cet enfant, son enfant, et prenne soin de lui. Et de Manon. Mais Stephen connaissait son frère. Il ne reviendrait pas, il ne changerait pas d’avis, il ne voulait pas être père. Il était parti sans un regard en arrière, il avait quitté le pays, à la recherche de nouvelles aventures.
Non.
Il s’était enfui, tout simplement. Il avait fui ses responsabilités, sa famille, son foyer. Il n’avait pas d’excuses. Aucune. Et il laissait volontairement une femme fragile, et un enfant. Seuls.
Mais pas tout à fait. Lui il serait là. Lui il prendrait soin d’eux. Il espérait juste que son couple y résisterait. Que Tristan lui pardonnerait de passer tant de temps à s’occuper de Manon, qu’il ne lui en voudrait pas trop de l’avoir un peu délaissé ces derniers temps.
 
Trois heures. Cela faisait trois heures qu’il attendait.
 
 
Et puis la porte s’ouvrit enfin. Un médecin se dirigeait vers lui. Les jambes flageolantes, Stephen se leva. Son regard demeura fixé sur ce petit être hurlant que le médecin tenait dans ses bras. Le visage de la blouse blanche demeurait fermé. Mauvais signe ? Non, puisque le bébé pleurait, c’était plutôt une bonne chose, non ? Et puis, les médecins ont toujours cet air grave plaqué sur leur visage, qu’ils aient de bonnes ou mauvaises nouvelles à annoncer. Sans doute pour s’accorder avec la froideur des lieux. Blouse blanche et grise mine, c’est la panoplie du corps médical.
 
-          Vous êtes le père ?
Stephen ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Il se racla la gorge, réessaya, avala sa salive, et parvint enfin à murmurer un léger « non », presque inaudible.
-          C’est une petite fille, contre toute attente, elle a l’air en parfaite santé. Elle n’est pas bien grosse, mais elle va bien.
-          Et… Et Manon ? Je peux la voir ?
Tenant toujours l’enfant tout emmailloté dans ses bras, le médecin s’assit, invitant Stephen à en faire autant.
-          Nous… nous n’avons rien pu faire. Elle était trop fragile, elle n’a pas survécu à l’accouchement, je suis vraiment désolé.
Une infirmière s’approcha d’eux, et prit l’enfant. Stephen n’entendit que les mots « peser, laver, habiller ». Le médecin était toujours là, le réconfortant du regard.
 
-          Je dois vous demander… il faut que nous contactions le père, ou un membre de la famille, quelqu’un qui pourrait prendre en charge cette petite fille. S’il n’y a personne, les services sociaux…
-          Moi !
Stephen avait retrouvé toute sa lucidité. Il planta son regard dans celui du médecin et continua.
-          Je… c’est moi… le père.
-          Vous désirez reconnaître cet enfant ?
-          Oui… je suis son père.
 
Le médecin lui sourit et lui indiqua la marche à suivre. Puis il s’excusa, il avait d’autres patients, on l’attendait, il devait partir. Alors qu’il s’éloignait, Stephen cria :
-          Agathe !
Le médecin se retourna, et haussa un sourcil.
-          Manon voulait l’appeler Agathe, si c’était une petite fille.
-          Très bien. Vous pouvez aller le dire aux infirmières, dans cette salle juste là. Allez faire connaissance avec votre fille monsieur.
 
 
Tout en observant les infirmières prodiguer ses premiers soins à Agathe, Stephen tenta de se raisonner, de se dire qu’il n’avait peut-être pas le droit de prendre ainsi la place du vrai père d’un enfant. Il n’était que son oncle. Mais son cœur se gonflait déjà d’amour pour ce petit être, et il savait pertinemment que Thierry ne remplirait jamais son rôle. Cette petite fille n’avait que quelques minutes d’existence, et elle avait déjà perdu père et mère. Lui, il remplirait ces rôles. Il serait son père, il serait sa mère, il serait tout.
Stephen tendit la main et caressa timidement du bout des doigts cette petite main qui s’agitait, ces petits doigts, ces ongles minuscules. Oui, il était son père.
 
 
Au cours des deux jours qui suivirent, Stephen apprit son nouveau rôle auprès des infirmières. Un rôle qu’il occuperait toute sa vie, et qui le comblait déjà. Il était un élève très attentionné, et se sentait prêt à entrer dans sa nouvelle vie, avec Agathe.
Il n’avait quitté la maternité que quelques heures, d’abord, pour se rendre à la mairie, et reconnaître officiellement Agathe. Désormais, il était légalement son père, et peu importe ce qu’en disait son ADN, elle était sa fille, et personne ne saurait l’aimer autant que lui. Et puis, il s’était équipé. Couches, lait, biberon, landau, grenouillère, berceau, rien ne lui manquait.
 
 
 
Et, enfin, Stephen pu rentrer chez lui avec sa fille.
Il tourna doucement la clé dans la serrure, par crainte de réveiller Agathe qui dormait dans son couffin. Il songea à Tristan. Il n’avait pas eu le temps d’aller le voir au cours de ces deux jours, pas eu le temps de s’excuser, pas eu le temps de lui dire qu’il l’aimait. Après lui avoir reproché de le délaisser pour s’occuper de Manon, nul doute qu’il l’enverrait promener lorsqu’il apprendrait que Stephen était maintenant papa. Poussant la porte, Stephen soupira.
 
Il se figea sur place. L’objet de ses pensées était là, debout dans l’entrée de l’appartement. Il était revenu, enfin !
-          Steph’… je suis désolé de tout ce que je t’ai dit. Je… j’ai appris pour Manon, je suis désolé, vraiment… je m’en veux tellement d’avoir été bêtement jaloux alors qu’elle avait besoin de toi.
Le regard de Tristan se baissa, et passa du visage de son compagnon au petit être qui dormait paisiblement. Il regarda à nouveau Stephen, l’interrogeant du regard.
-          Elle n’a plus personne maintenant… Je l’ai reconnu… je suis son père.
Durant les secondes qui suivirent, le nouveau papa put lire sur le visage de Tristan tout un tas d’émotions qui se succédèrent. L’incompréhension. La peur. La colère.
Et puis l’amour.
 
Tristan s’approcha de lui, l’enlaça, et lui murmura :
- Alors… on est papa ?
 
 
 
 

 

 

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10 Commentaires pour “Papa ? – OS”

  1. cracotte

    Haaaan c’est trop mignon
    Toujours aussi bien écrit
    J’adore
    Continue aussi longtemps que tu le peux :)

  2. yue

    Trop beau!!! Je trouve ça vraiment beau… Cette petite fille qui perd tout à son premier souffle et qui obtient à nouveau un foyer quelques minutes après. C’est une jolie petite histoire. J’aime beaucoup :)


  3. Merci miss Yue…
    Mélange de fiction et de réalité…
    Bisous


  4. C’est très beau et très tendre.
    Merci!

  5. yue

    Mélange de Fiction et de réalité…
    Ça m’arrive aussi de le faire et je trouve ça paisible d’une certaine façon, d’extérioriser ainsi.
    Bisoux

  6. nino

    j’ai  trouvé cette fic trop mignonne tu écris bien continue j’adore


  7. je sais pas si jaurais pu réagir comme sa mais c trop mignon l’amour

  8. Linoa

    Trop chou !!!! *o*
    Manon a eu de la chance d’avoir une personne comme ça auprès d’elle jusqu’à la fin :D Dommage qu’elle se soit autant affaiblie pour un homme qui ne voulait pas vraiment d’elle et qui n’assumait rien :@

    ^^


  9. C’est vraiment touchant comme OS. Tu montres là toute la difficulté de faire coïncider vie amoureuse et vie amicale, en particulier lorsque l’un de ses amis a des problèmes. La jalousie, insidieusement, vient forcément s’insinuer entre les personnes, même si de temps en temps, elles nient le contraire.
    Le fait que Stephen reconnaisse la petite est un geste plein d’espoir, à la fois pour la petite et pour lui. Pour lui, parce qu’il devient papa, officiellement, même s’il est gay, et parce qu’il est prêt à assumer sa paternité. Il a donc probablement grandi à travers cette épreuve, tout comme Tristan, qui finit par comprendre les sentiments de son amoureux.
    Bref, j’arrête de raconter des conneries, et je dis bravo pour cette OS, qui m’a beaucoup émue. =)
    Bisous


  10. Tu as une jolie écriture, très fluide ce qui rend le tout très agréable. Très belle histoire, un homme homosexuel qui devient père par une triste chute, et, cette réconciliation qui nous embaume le coeur à la fin de cette histoire ! Joli : )

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